PAR
MICHEL ABESCAT

 

 

La semaine passée, Nicolas Sarkozy s'interrogeait gravement devant le Parlement européen : « Suis-je devenu so­cialiste ? Peut-être. » Déchiran­te question, sans doute parta­gée par nombre de banquiers, de financiers, d'économistes qui sortaient, il y a peu, leur re­volver à la seule évocation du nom de l'Etat et viennent bru­talement de découvrir les vertus de l'action publique et l'ur­gence d'une réglementation internationale qu'ils avaient jusque-là combattue de toutes leurs forces. Sont-ils devenus socialistes, tous ceux qui se félicitent aujourd'hui de la re­vanche de Keynes sur Milton Friedman, exaltent la mémoire de Roosevelt et du New Deal et applaudissent au retour du po­litique dans un ensemble aussi touchant que celui des Petits Chanteurs à la croix de bois ? Qu'on se rassure, les risques sont limités.

Pendant que notre président s'interroge devant les caméras, en coulisse les travaux de dé­molition du service public se poursuivent hardiment. A l'Education nationale, par exemple, que la pédagogie de la crise ne semble pas avoir tou­chée. Armé de sa calculette, le ministre Xavier Darcos conduit imperturbablement le recul programmé de l'Etat dans un secteur pourtant au cœur de ses missions. 8 500 suppres­sions de postes d'enseignants en 2007, 11200 en 2008 et 13 500 prévues pour 2009. Qu'on le veuille ou non, l'essen­tiel est là. Le reste est commu­nication, habillage médiatique d'une réalité incontournable. Celle d'un appauvrissement du service public de l'éducation qui se traduit déjà par un abais­sement du nombre d'heures de cours - effective dans le pri­maire, où l'on est passé, depuis la rentrée, de 27 à 24 heures hebdomadaires, et en prépara­tion au lycée, où la procédure est un peu compliquée par le succès de la récente manifesta­tion des enseignants et des pa­rents d'élèves. Moins de profs, moins de cours et bientôt moins de maîtres spécialisés dans l'aide aux élèves en difficulté. En primaire, 3 000 d'entre eux (sur un effectif de 9 000) seront ainsi réaffectés, dès la rentrée 2009, dans des classes norma­les. Alors que Xavier Darcos assure vouloir « diviser par trois » l'échec scolaire ! Que signifie ce recul de l'Etat et du service public dans l'Education nationale ? La même chose que partout ailleurs : le désengagement au profit du secteur privé et la sélection par l'argent.

TÉLÉRAMA 3068  29 OCTOBRE 2008

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