On aurait tort de voir dans la suppression soudaine des documents d'accompagnement des programmes de 2002 sur les sites officiels et dans la réaction du Snuipp un incident secondaire pour l'histoire de l'Ecole. Bien au contraire il s'agit d'un tournant révélateur et peut-être même fondateur d'un nouvel ordre des choses.

Le fait que spontanément des professeurs des écoles aient marqué leur attachement à ces documents en les abritant sur leur site personnel illustre à quel point ils font partie de la mémoire professionnelle. C'est que, à la différence des programmes 2008, ils se situaient au point d'équilibre entre la volonté de diffuser les travaux des chercheurs et celle de faire consensus. En ce sens ils sont apparus en leur temps comme fondateurs. Même si de nombreux exemples montrent que les relations entre les chercheurs et les organisations syndicales sont souvent complexes, le Snuipp ne s'y est pas trompé, choisissant de défendre des documents qui font partie de la culture professionnelle de référence.

La position du ministère, si elle est plus dangereuse, est non moins emblématique. En faisant disparaître ces publications officielles, la rue de  Grenelle clame à haute voix que la pédagogie n'est plus  de son domaine. Seuls compteraient les résultats. L'injonction du "débrouillez-vous" envoyée aux enseignants reflète la position d'un ministre qui s'appuie sur les familles pour imposer son contrôle sur l'Ecole. Il n'y a plus de recommandations pédagogiques officielles, plus de formation officielle (ce sera maintenant l'affaire des universités), plus de modèle. C'est l'efficacité qui fait loi.

Cette posture recèle pourtant deux dangers pour l'équipe ministérielle. Le premier c'est que l'Ecole a besoin d'avoir des objectifs politiques dessinés en fonction d'un idéal social. Comme toute institution elle se nourrit de mythe et l'abaisser au niveau d'un simple service marchand rencontrera des résistances.

Mais le pire est ailleurs. En effaçant les documents de 2002, X. Darcos considère comme nuls les travaux des chercheurs et les expériences des pédagogues. Il dévalue des années de recherche abouties dans des publications et des thèses qui ont une reconnaissance réelle. Bref la posture du ministre qui nie la science et le progrès des connaissances a un nom : c'est l'obscurantisme. Il n'est pas plus illégitime à un ministre de l'éducation de défendre l'obscurantisme qu'à un gendarme le vol ou à un militaire la trahison.