Depuis des mois, on ne parle que de ça dans les couloirs. Les inspecteurs ont beau jurer leurs grands dieux, on craignait le pire. Et l’information est tombée vendredi, avec les prévisions budgétaires : sur les 6000 emplois supprimés dans le primaire, 3000 seront des maîtres E, chargés de l’aide pédagogique, et les maîtres G, les rééducateurs, qui vont être « sédentarisés ». Sans euphémisme, ça doit vouloir dire remis face à une classe.

Les RASED, réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficultés, ont donc du plomb dans l’aile : seuls les psychologues scolaires subsisteront, chargés essentiellement de constituer les dossiers techniques pour la scolarisation des élèves handicapés.

La nouvelle est une bombe, à double titre : évidemment, parce qu’elle implique que les aides apportées aux élèves par les RASED n’auront plus lieu, mais aussi parce qu’elle signifie aux enseignants chargés de classe qu’ils seront de plus en plus seuls face aux difficultés, là où justement ils réclament de l’aide et du soutien pour faire face aux doutes du quotidien.

Corrélé avec la mise en place de la nouvelle organisation scolaire de la rentrée (deux heures de classe remplacées par deux heures de soutien), le message subliminal est donc clair : « pour les difficultés des élèves, débrouillez-vous ».

A un moment où la plupart des écoles rencontrent de grandes difficultés pour mettre en place ce soutien du « 24+2 », où le sentiment de désorganisation côtoie la tentation de tout envoyer balader, le ministre ne sous-estime-t-il pas le risque de faire exploser la cocotte-minute ? A Paris, le 19 octobre, on devrait pouvoir en mesurer plus précisément les premiers impacts.

Patrick Picard